Manifeste contre le Béninois révélé

Les législatives du 28 Avril et ses lendemains funestes. Nous craignions que cela ne se passe pas bien, nous ne nous doutions pas que cela se passe si mal.
 
Des scènes insoutenables. Des militaires fonçant droit, armes au point, sur des civils non armés. Rafales, crépitements, tirs à balles réelles. Des compatriotes errant, le vêtement ensanglanté. D’autres en vrac à même le sol, gisant dans leur sang. Tous atteints par la décharge de plombs qui prend la foule de court. Plus insupportable encore, le cas de cette dame qui rend son dernier souffle dans la fleur de l’âge, laissant derrière elle, des enfants qui n’avaient déjà plus de père vivant. Elle n’était pas de la manifestation. Elle était allée ramener sa fille à la maison, qui était partie vérifier si la situation leur permettait de tenir leur petit commerce à cet endroit comme chaque soir. Leur tort : habiter Cadjèhoun, un quartier en pleine ville, devenu zone de guerre pour cause de rassemblement hostile au pouvoir en place.
 
Vous avez beau vous garder, par égard pour la souffrance des familles endeuillées, de vous répandre en indignation à longueur de journées comme le requerrait le drame, certaines indifférences et abjections foisonnantes vous contraignent à fléchir. Peut-on rester bouche close devant des gens – ils sont rares heureusement mais quand même ! – qui se réjouissent des événements meurtriers du 1er et du 2 mai et qui vous opposent les casses et autres actes de vandalisme pris pour prémisse de l’intervention armée à Cadjèhoun ? Comme si tous les concitoyens qui ont péri ces jours-là étaient des manifestants. On sait que non, de même que l’on sait qu’aucun vandale, aucun anarchiste, si nuisible soit-il, n’est condamné dans le monde moderne à être fusillé. Il n’y a pas de dégât matériel qui ne soit réparable. Le principe exige que les auteurs soient identifiés et en assument le coût, en privation de liberté et en dédommagement financier. C’est si vrai que des casseurs ou présumés tels se trouvent actuellement en détention, à en croire des journaux.
 
Lorsque ces gens, au rang desquels ceux que j’appelle les ‘’points faucons’’ de la rupture, ont fini de vous opposer les actes de vandalisme pour justifier les tirs à balles réelles à Cadjèhoun, ils mettent ensuite à la charge de votre responsabilité, les violences qui surviennent ça et là sur le territoire national parmi lesquelles, les plus sinistres ont été enregistrées la semaine dernière à Cotonou, parce que vous ne vous lassiez pas de dénoncer les incongruités du processus électoral, de décrypter la ruse et de désapprouver les entorses à nos acquis démocratiques. C’est donc nous les responsables du pandémonium. Nous avions mis en garde contre le danger que faisait courir à la patrie, l’exclusion des partis d’opposition de la course à la députation, nous avions enfreint l’omerta. Organisations sous régionales et internationales, responsables religieux, acteurs de la société civile, universitaires, intellectuels, observateurs de la vie politique et citoyens lambda… coupables ! Ils n’auraient pas dû tirer la sonnette d’alarme, fustiger les aberrations, appeler à l’inclusion. Pourtant les risques qu’ils pointaient du doigt sont les mêmes que ceux mis à l’index autrefois par l’actuel ministre béninois des affaires étrangères en sa qualité de Coordonnateur humanitaire de l’ONU en Centrafrique. Le Conseil National de Transition venait d’interdire de vote les réfugiés centrafricains dans la perspective des élections présidentielle et législatives qui s’annonçaient dans le pays. Aurélien Agbénonci avait senti le devoir de réagir : « J’attire l’attention de tous sur les conséquences d’une telle exclusion sur la crédibilité et le caractère inclusif des prochaines élections que nous souhaitons tous, transparentes, libres, inclusives et ouvertes à toutes et tous». Dit à Bangui, le 13 Juillet 2015.
 
Mais davantage, ce sont les deux anciens Chefs d’État, Nicéphore Soglo et plus encore Boni Yayi que les diseurs autoproclamés de sentences voudraient conduire à l’échafaud. Voici les vrais bourreaux du peuple qui, plutôt qu’admirer le spectacle pépères depuis la touche, ont estimé que la pièce était de mauvais aloi, ont entrepris de monter sur scène et d’appeler le public à huer les comédiens. En somme, les Béninois ne seraient pas suffisamment éclairés pour décider par eux-mêmes. Lorsqu’ils eurent enflammé Cotonou un soir de mai 2015 lors de l’arrestation manquée de Candide Azannaï, ils eurent agi en pantins sous commande. Lorsqu’ils ont élu Patrice Talon en 2016, ce n’était pas par leur libre arbitre. Les électeurs qui ont massivement boycotté les législatives du 28 Avril ne se sont pas abstenus de leur plein gré. Tous ont été téléguidés. Au nombre des cécités qui nous font tourner en rond et nous tourner en bourrique, celle-ci n’est pas des moindres.
Ici, je joins ma plume à celle du politologue béninois Mathias Hounkpè afin qu’à deux, nous nous fassions l’écho de la majorité martelant ‘‘qu’il serait pour le moins dangereux de réduire les profondes frustrations qu’expriment les manifestants à la simple exécution des mots d’ordre des leaders de l’opposition’’. « Il importe de dire que s’il faut savoir raison garder, il est impératif de tirer réellement toutes les conséquences de la situation actuelle. Ne pas le faire et chercher simplement à faire comme si de rien n’était, comme s’il ne s’agissait que d’un mauvais moment à passer pourrait être tout simplement suicidaire », prévient Mathias Hounkpè dans une réflexion publiée le 03 Mai ; le genre de réflexion qu’en face, l’on prend, sciemment ou en toute inconscience, pour de l’incitation à la violence. Œuvrer pour la paix, c’est surtout prévenir la guerre, c’est voir et signaler le mal de loin. Pendant que nous nous investissions dans ce travail préventif, quelques-uns jugeaient qu’il n’y avait nul facteur conflictogène et qu’il fallait maintenir le cap, en avant toute ! Aujourd’hui, ils multiplient d’un coin de la bouche – l’autre coin leur servant à souffler sur la braise – les exhortations au dialogue et à la compréhension mutuelle après avoir longtemps soutenu le refus de dialogue et de la compréhension mutuelle. Dans le même temps, ils parlent de l’offensive armée de Cadjèhoun comme d’un acte salutaire et continuent de traiter les opposants d’ignobles noms d’oiseau quand ils ne feignent pas d’ignorer les affres de l’assaut militaire d’il y a cinq jours pour dédier toutes leurs pensées au Chef de l’Etat.
 
L’impasse ne sera pas conjurée tant que ces jusqu’au-boutistes va-t-en-guerre grimés en factices pacifistes entretiendront l’hypocrisie ambiante dans la presse partenaire puis, un cran plus loin dans la purulence, sur Facebook et sur Whatsapp : des appels tronqués à la paix sur fond de déni des évidences, de matraquage permanent des anciens Présidents de la République et le sourire aux lèvres à la vue de sang d’innocents qui coule. Une sorte de déshumanisation déjà éprouvée dans un autre contexte et condamnée par Joseph Fifamè Djogbénou, Président de la Cour Constitutionnelle. C’était avant qu’il devienne Sage.
« … Cette forme d’aversion sans humanité à laquelle il est facile de succomber au moyen de l’anonymat qu’offrent les réseaux (sociaux, ndlr) et les fora … constitue le vrai danger de notre société. Il est sidérant de mesurer à quel point, sous nos cieux, sans cœur et sans mains qui tremblent, l’on est capable de ruiner, de détruire, de faire souffrir, de tuer dans un silence absolu et un total anonymat… De nos jours, avec les fora, l’être humain ne s’animalise même plus. Il ne se bestialise même pas. Il va au-delà : il cesse d’être », écrivait-il le 17 Octobre 2016 sur sa page Facebook, justement.
 
À part vampires, cannibales et sorciers divers, quel type d’Homme peut admettre de voir ses semblables refroidis comme de vulgaires gibiers ?
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LÉGISLATIVES 2019 AU BÉNIN : OÙ SONT PASSÉS LES BULLETINS NULS?

Dans une délibération de vote, les éléments indicatifs majeurs sont (et vous pouvez le voir sur les feuilles de dépouillement de la Commission Électorale Nationale Autonome, CENA) :

– Le nombre d’inscrits
– Le nombre de votants
– Le taux de participation
– Le nombre de bulletins nuls
– Le suffrage exprimé
– Le suffrage obtenu par chaque candidat ou liste de candidats en compétition.

Le nombre d’inscrits est l’ensemble des citoyens en âge de voter dont les noms figurent sur la liste électorale. Dans le cas des législatives du 28 Avril au Bénin, le nombre d’inscrits s’élève à 4.992.399.

Le nombre de votants regroupe tous les électeurs qui ont mis un bulletin de vote dans l’urne. Dans le cas des législatives du 28 Avril, la CENA évalue le nombre de votants à 1.147.625. Le Président de la Commission électorale, Emmanuel Tiando lui-même n’a pas évoqué de « nombre de votants » dans son adresse à la presse mais peu importe. Vous verrez…

Le taux de participation est obtenu en multipliant le nombre de votants par 100 et en divisant le résultat par le nombre d’inscrits. Dans le cas des législatives du 28 Avril, ce taux est de 22,99% selon la CENA. Il est plus précisément de 22,9874455147%.

Les bulletins nuls sont les bulletins invalidés sur l’ensemble des bulletins déposés dans l’urne. Je rappelle que l’ensemble des bulletins déposés dans l’urne constitue le nombre de votants.
Dans le cas des législatives du 28 Avril, la CENA n’indique pas le nombre de bulletins nuls mais vous constaterez plus bas qu’en fait, elle dit qu’il y en a pas.

Le suffrage valablement exprimé est égal au total de bulletins déposés dans l’urne (donc le nombre total de votants) moins les bulletins nuls.
Dans le cas des législatives du 28 Avril, la CENA, par la voix de son président, chiffre le suffrage valablement exprimé à 1.147.625. Dans le détail, l’Union Progressiste arrive en tête avec 645.214 suivi de son jumeau, le second parti officiel du Chef de l’État, le Bloc Républicain qui se voit attribuer 502.411 voix. Ce sont les deux seuls partis politiques admis à se présenter.

À supposer que la CENA n’ait jamais communiqué le nombre de votants, l’on peut aisément le déterminer en multipliant le nombre d’inscrits par le taux de participation. Votre calculette affichera 1.147.625. Et vous remarquerez facilement que le suffrage valablement exprimé équivaut au nombre de votants et que par conséquent selon la CENA, il n’y a eu aucun bulletin nul, 1.147.625 – 1.147.625 étant égal à 00. Or les photographies de tableaux et de feuilles de dépouillement jointes à ce post prouvent à suffisance le contraire. Encore aurait-il fallu que, s’il y a ZÉRO bulletin nul, la Commission électorale l’eût mentionné dans sa publication des tendances du scrutin quitte à la Cour Constitutionnelle, qui délibère et proclame les résultats définitifs du vote, de l’infirmer ou de le confirmer.

Que la Cour constitutionnelle entérine les tendances de la CENA ou nous sorte d’autres chiffres et indications (forcément en concret déphasage avec ceux et celles de la Commission électorale), la situation n’en sera pas moins ubuesque.

Ils finiront bien par admettre qu’ils nous ont offert là, les pires élections jamais organisées au Bénin et la pire délibération qui va avec.
LA question que je poserais personnellement au président de la CENA si je le croise : POURQUOI?

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Le responsable de l’impasse?

Certaines réflexions commencent à pulluler depuis peu, qui tendent à jeter le tort à l’opposition béninoise concernant le sort qui lui est infligé – elle est écartée des prochaines législatives, une première depuis l’avènement du Renouveau démocratique – ou à dire qu’elle est autant coupable que le plus « cléva » d’entre nous tous. Je respecte ces points de vue mais je les trouve un poil tirés par les cheveux et importuns.

On dit que l’opposition n‘a pas anticipé ses déboires, qu’elle s’est laissé distraire, prendre à son propre jeu.

Au fond, qu’aurait-elle pu faire d’autre que ce qu’elle a fait, face à un pouvoir têtu qui ne recule devant aucune sommation quand il a conçu un plan et veut l’exécuter? Pas grand’chose.
Voudrait-on reprocher à l’opposition de n’être pas descendue dans la rue plus tôt. Mais même ça, elle l’aurait entrepris que ça se serait terminé comme l’on sait. C’est encore nous qui l’aurions accusée d’agitation et de fébrilité.

En vérité, les opposants, au-delà de toutes les critiques dont on peut les couvrir, n’avaient pas arrêté de tirer la sonnette d’alarme depuis le début. Ils étaient essentiellement une quinzaine de députés à l’Assemblée nationale contre une soixantaine. Et ils nous avaient alertés, que ce soit par rapport au code électoral ou par rapport à la Charte des partis politiques. Combien étions-nous, citoyens lambda et éclairés, à nous faire l’écho de leur cri d’alarme?

L’axe du mal s’est constitué en deux couloirs : d’un côté, les cancers volontairement inoculés aux lois à leur adoption par les parlementaires du Président de la République et de l’autre, la lecture excessivement tronquée – des parties non cancéreuses des lois votées – par le Chef de l’État et ses hommes.

Concrètement, que pouvaient les opposants et que peuvent-ils devant un rouleau compresseur qui vote des lois bidon, les torpille ou les dévoie au gré de la toute puissance de la Cour Constitutionnelle et dicte son interprétation des textes ?
Le regroupement? La liste unique? Leur mise à mort aurait été moins laborieuse, moins crisogène, plus rapide et plus irrémédiable.

À mes yeux, il n’y en a qu’un, un seul, qui a généré et entretient la zone de fortes turbulences que traverse le Bénin actuellement.

Je vous livre un aveu : je n’ai pas de don particulier pour l’équilibrisme.

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L’échec du marteau, l’embarras de l’enclume

Une semaine s’est achevée avec – pour toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont fait le succès de la campagne Taxe Pas Mes Mo – le sentiment de rentrer d’un long périple éprouvé par une route cahoteuse et la fierté du devoir accompli. C’est donc, on l’imagine, à la fois esquintés et requinqués que les dizaines de milliers d’internautes béninois et leurs soutiens de par la planète, entament la nouvelle semaine qui s’ouvre.

MTN nous est revenu de l’enfer dès hier. MOOV s’est, à son tour, dépêché de retrouver ses anciens repères. L’abrogation du décret présidentiel à l’origine des nouvelles taxes sur la consommation des Services Internet au Bénin a pris effet aujourd’hui à 00h. Les Opérateurs GSM, eux, n’ont pas attendu qu’il sonne l’heure pour acter le retour au statu quo ante : le rétablissement des forfaits internet et divers autres forfaits d’avant la surtaxe décrétée urbi et orbi sous la signature du Chef de l’Etat. Il doit avoir normalement signé un autre document qui retoque le premier mais qui, au fond, n’en scelle pas définitivement le sort ou du moins, n’annule pas l’intention de renchérir l’accès aux réseaux sociaux depuis le territoire béninois. Le jeu n’est pas clos. Une lecture stricte du communiqué du Pouvoir Exécutif faisant suite aux discussions avec les groupes de téléphonie mobile samedi, indique que nous serons appelés à remonter sur le ring.

Ce jour ne marquerait donc qu’une victoire d’étape, épilogue d’une semaine de grand émoi et de profonde indignation, à la mesure de la dangerosité de l’acte posé et de l’absurdité du décret qui le consacre, qui n’aurait jamais dû être mis en œuvre. Tant l’annonce de la mesure, plusieurs jours plus tôt, soulevait déjà bien des hostilités et de mises en garde, sur les réseaux sociaux, dans les médias classiques et via autres canaux utiles. La rébellion couvait et les rebelles ne ronchonnaient pas, retranchés dans un maquis. Ils étaient restés à découvert sur la place publique, là où ils ont tissé leur toile et où le pouvoir central se voyait les étriper. S’il n’avait pas été si imbu de sa toute puissance, il aurait su lire les signes et il n’y aurait jamais eu cette semaine dramatique pour le Bénin et pour les Béninois.

J’en tire comme principal enseignement qu’il n’y a pas de hasard. Il fallait que ce drame se produisît, que nos semblables terriens – d’où qu’ils vivent – fussent mis au parfum du malheur qui nous frappe. On en remercierait presque le régime dit de la rupture d’avoir été, à ce point, mal inspiré. La fronde a eu des échos inespérés dans le concert des nations. Elle a ouvert, pour le monde, une fenêtre sur la précarisation des libertés chèrement acquises et la fragilisation de l’Etat de droit au Bénin, érigées en politique nationale. Des mesures et lois liberticides à forte teneur crisogène adoptées les yeux bandés par une Assemblée nationale à la majorité sous tutelle, des opposants pourchassés et jetés en prison – sans charges prouvées ni jugées – en dépit de la Constitution béninoise et sous prétexte de lutter contre la corruption, la dynamique unanimiste insufflée à la presse à coup d’argent pendant que l’anticonformiste quotidien La Nouvelle Tribune est fermé pour offense au Président de la République… Ce sont autant d’actes attentatoires à la démocratie et aux libertés fondamentales pour lesquels nous n’aurions pas eu tort de nous soulever aussi massivement que nous nous sommes érigés contre la répression des voix contraires sur internet déguisée en taxation à outrance des réseaux sociaux. Le ministre des finances de son chef, Romuald Wadagni – le bien surnommé Romi le tontinier par Le Déchainé du Jeudi – avait consciemment ou inconsciemment vendu la mèche.

Pour chaque violation des principes démocratiques commise, nous aurions été fondés à crier haro sur le baudet, aussi fort que nous nous sommes écriés ces derniers jours. Il ne s’agit pas de se mêler de la politique. Il ne s’agit pas de politique. Il s’agit d’impératif de combat citoyen, de croisade patriotique pour la protection de nos droits et acquis. Peut-être n’avions-nous pas cerné l’enjeu ; peut-être que nos intérêts n’étaient pas en jeu mais maintenant nous le savons. Le mal construit sa propagation sur notre sens de la mesure. La surtaxe d’internet démontre, s’il en était encore besoin, que personne n’est à l’abri des élans tyranniques de ceux qui nous dirigent. Leur dernier assaut en date est loin d’être l’assaut final. Toutes les fois qu’un de leurs plans machiavéliques échoue, ils parviennent à le dérouler quand même.

Le compte rendu du Conseil des Ministres tenu dans la foulée de la séance de travail entre les membres du gouvernement, les Opérateurs GSM et l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et de la Poste (ARCEP) sous-entend que le dossier n’est pas vidé. Le coût de la connexion internet va irrémédiablement grimper. Le compte rendu persiste à souligner qu’ « en raison de l’évolution des technologies, le système de tarification en vigueur n’est plus adapté ». Le texte tend à expliquer la bronca des internautes par l’incurie des seuls MTN et MOOV soupçonnés par-ci « d’entente illicite » dans la mise en place des nouveaux tarifs, accusés par-là de légèreté dans la sensibilisation des consommateurs à la nouvelle donne et dans l’opérationnalisation technique des nouvelles offres. Les deux réseaux de téléphonie mobile sont appelés à siéger dans un comité composé également des Associations de consommateurs et d’autres parties prenantes pour « définir les mesures appropriées » visant entre autres, à « mettre en cohérence le système de tarification du secteur avec les nouveaux usages et technologies numériques » et à « accroître la contribution du secteur du numérique à la croissance économique ». Deux perspectives inquiétantes témoignant de ce qu’ils maintiennent le cap et comptent faire aboutir leur chantier. D’ici là, « les nouveaux tarifs annoncés (et déjà appliqués, ndlr) sont abrogés et les anciens restent en vigueur jusqu’à nouvel ordre ». Ceci signifie que la toile béninoise demeure sous la menace des taxes et qu’il faut se tenir prêt à relancer la riposte au besoin.

Dans le Bénin du 21è siècle, il n’y a nulle place pour oppresseur.

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Au seuil de l’arbitraire!

Le parlement béninois nous a déjà offert quelques inédits par le passé. Ceux qu’il nous sort depuis peu sont à couper le souffle. Le dernier en date remonte à hier : la levée de l’immunité parlementaire de trois députés de l’opposition – Idrissou Bako, Valentin Djènontin Agossou et Mohamed Atao Hinnouho – sur qui le régime en place fait peser des soupçons de malversations et de fraudes. Le troisième sus-cité était déjà sous les verrous depuis plusieurs semaines, sans être jugé et sans être défait de son immunité. Pour les livrer ainsi que cela a été orchestré hier, il aura suffi d’une plénière express pour statuer sur le rapport de la Commission spéciale mise sur pied – composée majoritairement de députés favorables au Pouvoir Exécutif – aux fins d’examiner la situation des parlementaires incriminés et de répondre à la question : y a-t-il de quoi lever leur immunité ? Non, a répondu ladite Commission arguant que leurs accusateurs n’ont produit aucune preuve consistante des infractions de détournement de deniers publics, de corruption, d’abus de pouvoirs et de fonctions, de délit d’initié… dont ils les accablent. Ceci concerne en l’occurrence Idrissou Bako et Valentin Djènontin Agossou. Dans son rapport, la Commission avance que « des éléments recueillis au cours de l’audition (des députés mis en cause), et sous réserve d’éléments complémentaires probants, il se dégage en l’état actuel du dossier, qu’aucune charge ne peut être retenue à l’encontre des intéressés… ». En plénière cependant, les mêmes députés pro-gouvernementaux qui ont siégé au sein de la Commission spéciale et apposé leurs signatures au bas du rapport, ont voté en faveur de la levée de l’immunité de leurs collègues, faisant advenir ce que des journaux, prestataires de services, annonçaient 48h plus tôt, qui n’ont pas cru bon consacrer leurs manchettes aux conclusions de la Commission spéciale mais plutôt à la culpabilité – pourtant non établie à ce jour – des parlementaires à déchoir.

Qu’ils aillent laver leur honneur devant le juge, lance-t-on !

L’argument selon lequel la levée de l’immunité des trois députés ciblés est motivée par le souci de leur permettre de se défendre vaillamment devant les tribunaux est d’un ridicule nauséeux. La confiance, aussi bien que la méfiance, se construit sur des discours et des actes. Les discours et les actes du régime dit de la rupture, notamment ces 14-15 derniers mois, appellent sans ambages à la méfiance, tant ils sentent le malin vouloir. Tout le monde a vu la manière ubuesque dont la décision de justice produite en faveur de Mohamed Atao Hinnouho a été envoyée à la poubelle et lui-même presque menotté à son lit d’hôpital durant des jours puis finalement jeté en prison. Une incarcération échafaudée avant même qu’il lui soit ôté son immunité, dans les conditions que nous connaissons désormais. L’inculpation formulée à son encontre : fraude douanière, aux dernières nouvelles. L’opinion retiendra qu’il a été traqué pour trafic de faux médicaments ou de médicaments falsifiés, d’exercice illégal de pharmacie et tutti quanti. Quant à son procès auquel il assiste depuis les trois dernières audiences, rangé dans un fauteuil roulant, l’on ne peut dire à l’heure actuelle s’il ira un jour à son terme tout comme l’on ignore quand interviendra l’épilogue du procès de Laurent Mètognon, un autre pourfendeur du pouvoir Talon, poursuivi pour de la délinquance financière présumée à la tête du Conseil d ‘Administration de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Nous en sommes au énième report de l’affaire depuis qu’elle est jugée devant le Tribunal de Première Instance de Cotonou. Pendant ce temps, les prévenus croupissent dans une geôle. Déjà huit mois que Laurent Mètognon y est enfermé.

Il apparaît donc comme une insulte à notre intelligence que l’on veuille nous parler d’aubaine offerte à des députés de l’opposition afin qu’ils puissent laver leur honneur devant la justice. Une insulte à l’intelligence des Béninois ! D’autant que sur des antennes de radio et de télévision, des sbires, kamikazes du talonnisme, avaient ouvertement menacé les opposants, de représailles du Président de la République s’ils s’avisent de voter à nouveau contre des initiatives venant de lui ou de sa majorité. C’était à la veille de l’échec (encore) du tripotage de la Constitution béninoise entre les quatre murs du Parlement. Par ailleurs, faut-il le rappeler, une commission spéciale de l’Assemblée nationale a conclu qu’il n’y a pas de preuves corroborant les charges dont font l’objet les députés pointés du doigt. En l’état, leur honneur est tout lavé.

La politique a bon dos

Malgré la chienlit ambiante et la puanteur qui se répand, je m’efforce de croire que nous sommes encore dans un Etat de droit. La politique est peut-être du domaine de l’impitoyable. Mais le mot « Impitoyable » n’a pas la même connotation que l’on soit dans un régime absolutiste ou en démocratie. Dans le premier, il n’y a d’Etat que le Chef de l’Etat. Il détient tous les pouvoirs, exécutif, législatif, judiciaire. Ses désirs sont des ordres. Il veut la tête d’un adversaire, on la lui apporte illico sur un plateau et il n’a pas à s’en expliquer. Il se confère le droit de persécuter tout empêcheur de tourner en rond.

En démocratie, l’impitoyable évoquerait une toute autre posture vis-à-vis d’un adversaire ou même d’un allié qu’on veut faire tomber : par exemple fouiner dans son passé, en déterrer quelques facettes compromettantes de sa vie, titiller au besoin ses vices pour le prendre en défaut, le faire s’autodétruire. Et si l’on désire qu’il ne soit plus libre de ses mouvements, il faudra s’en donner les moyens légaux, trouver les preuves irréfutables qui le plongent et surtout se soumettre au modus operandi consacré en la matière par l’arsenal juridique et constitutionnel en vigueur. Jusqu’à demain, le Bénin est une démocratie et le bout de phrase « nous sommes en politique » souvent invoqué par une certaine élite béninoise et distillé dans la populace pour lui faire admettre des comportements autoritaristes relève d’un cynisme suicidaire.

Le recours aux calculs politiques et aux coups bas n’abolit pas le sens de l’Etat exigé de tout dirigeant présidant aux destinées d’une nation. La lutte contre la corruption et l’impunité ne peut se faire en marge des principes qui fondent la République, ni de façon unidirectionnelle. Il est impératif, quoi qu’il en coûte à l’ego du Chef et à ses sous-fifres de tout poil, de se plier aux lois et procédures qui gouvernent le pays. Ma plaidoirie vaut également pour les « pourris » tapis dans vos rangs quand il vous prendra l’envie de les mettre à l’épreuve de votre ruse et de votre rage.

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Autopsie d’une ascension révélée!

2011. Joseph Djogbenou l’activiste de la société civile a combattu la suppression du droit de grève consacré par la Constitution et pourfendu la Cour Constitutionnelle, mandature Robert Dossou, pour avoir validé un texte de loi, dans ce sens. Cela lui avait permis d’alimenter son réquisitoire visant Yayi Boni. Il avait construit sa popularité sur ses sorties répétées contre les initiatives liberticides du Yayisme, dans la peau de l’activiste de la Société civile mais aussi de l’avocat personnel de Patrice Talon aux heures chaudes des déboires de celui-ci avec Yayi. La Justice était à l’époque traitée de tous les noms d’oiseaux, notamment d’être à la solde du Pouvoir Exécutif, à travers Procureur et juges à la manœuvre. L’actualité de ces temps-ci au pays me replonge bizarrement dans ce passé pas si lointain.

C’est ainsi que Joseph Djogbenou, profitant de sa popularité croissant au fur et à mesure qu’empirait l’impopularité de Yayi, réussira à se faire élire député à l’Assemblée nationale et à vendre au peuple, la candidature de Patrice Talon comme la panacée aux dérives du régime qu’ils ambitionnaient de conjurer.

2016. Patrice Talon, une fois élu Chef de l’État, le fait ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Ensemble, ils remettent sur le tapis la suppression du droit de grève aux mêmes motifs pour lesquels Boni Yayi l’avait entreprise; les mêmes motifs qu’ils avaient jugé fallacieux : des grèves excessives et dévoyées. La réforme du statut général de la fonction publique qui naît, au Parlement, de l’offensive des nouveaux princes est retoquée par la Cour Constitutionnelle sous la présidence de Théodore Holo qui en profite pour rétablir le droit de grève tel qu’entendu au sens de la loi fondamentale béninoise.

2018. Joseph Djogbenou, ministre de la Justice, désigné membre puis ensuite président de la Cour Constitutionnelle, il y a tout juste trois semaines, casse la décision Holo et juge la suppression du droit de grève conforme à la Constitution. Au départ de cette délibération, un simple recours introduit par deux « citoyens » là où nos textes fondamentaux déclarent les décisions de la Cour Constitutionnelle SANS RECOURS.
Le clou de l’affaire : la promulgation par le Chef de l’État du Statut général de la fonction publique ainsi saccagé, quelques minutes seulement après le retournement de situation opéré par la Cour Djogbenou.

La ruse et la rage sont les deux autres noms de la béninoiserie.
#Bénin

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Telle est ma croix!

Je m’ennuyais un tantinet hier en fin de soirée et pour tuer le temps, je me suis amusé à dégager une typologie des pourfendeurs de mes réquisitoires contre le régime dit « de la rupture » depuis quelques mois. Cet exercice, sur un air de ludisme, m’a été quelque part soufflé par mon dernier réquisitoire anti-rupture en date, relatif à la désignation du ministre de la Justice par le bureau du Parlement béninois aux fins d’appartenir à la prochaine mandature de la Cour Constitutionnelle (La ruse et la rage en action!). L’exercice m’a donc permis de classifier mes « démolisseurs » en quatre groupes :
 
– Des quidams qui ont un avis sur tout sans jamais savoir ce dont ils parlent. Ils ne savent pas d’où je suis parti, d’où nous sommes partis. Ils ont, pour la plupart, découvert internet et Facebook, il y a deux jours. Leur style est brouillon et leur culture générale, limitée. Leur premier réflexe, c’est de vous faire la leçon, prenant appui sur leurs ignorances qu’ils croient certitudes.
 
– Des gens qui comptent leurs parrains parmi les saigneurs de la République (j’ai emprunté l’expression à Constantin Amoussou, le truculent président du gouvernement des jeunes du Bénin) et qui ont tout intérêt à se répandre en contre-attaques systématiques sur les réseaux sociaux. L’essentiel n’est pas qu’ils produisent du sens mais qu’ils montrent à leurs maîtres, combien ils sont actifs et dociles. Ce sont des klébés de seconde zone.
 
– Des Béninois qui maudissaient Talon il y a 2 ans, me maudissaient pour mon adhésion à ses idéaux d’alors et qui sont passés « rupturiens » entre-temps. J’en vois qui ont réussi à se faire caser dans des bureaux, quitte à s’asseoir sur des tabourets. Les rares mieux lotis d’entre eux sont les premiers qui leur rient au nez.
 
– Et puis il y a les autres dont quelques-uns sont de bonne foi. Je prends du plaisir à mener le débat avec eux. Ils ont, en plus, de la suite dans les idées.
 
J’avais souvent rencontré les mêmes types d’individus aux temps forts de mes prises de position contre le pouvoir de Yayi Boni et durant les douze derniers mois qui ont précédé l’élection présidentielle de mars 2016. Je m’étais convaincu qu’au lendemain de ce scrutin, nous commencerions à remonter la pente et que je pourrais enfin m’endormir sur mes lauriers.
 
J’ai lu, adopté et porté, à ma manière, le projet de société du candidat Patrice Talon. J’ai cru en ses professions de foi et pris fait et cause, à visage découvert, pour sa candidature. Ce qui se passe depuis un peu plus d’un an dans le pays est aux antipodes de ce à quoi il s’était engagé : nous exorciser de 10 ans de gabegie, promouvoir la transparence et l’Etat de droit, rompre avec les actes frivoles, les manies toxiques pour la quiétude sociale, les entreprises douteuses et les pratiques nuisibles à la nation.
 
J’ai assidûment parcouru le projet de révision de la Constitution. J’en ai exposé ma compréhension sur cette plateforme et exprimé ce que j’y ai relevé de forces et d’insuffisances. J’ai milité pour que la réforme constitutionnelle soit, tout au moins, débattue au Parlement et j’ai déploré que le débat n’ait même pas été ouvert. J’en ai tenu les politiciens et les intellectuels pour responsables. Je dois, cependant, admettre que la précipitation ajoutée à l’obsession avec lesquelles le gouvernement a voulu faire aboutir ce chantier aient pu ébranler la sérénité de nombreux compatriotes.
Mais, somme toute, la Constitution n’est pas une donnée personnelle tout comme sa réforme n’est pas une fin en soi. Par conséquent, l’échec du projet de révision de la Constitution ne peut passer pour un affront personnel et tout justifier. S’il faut en prétexter pour se renier totalement, s’autoriser toutes les dérives, piétiner allègrement la loi fondamentale, boycotter la Cour Constitutionnelle et ses décisions et marcher sur des décisions de Justice, c’est que, de toute façon, l’on n’a jamais eu chevillés à l’esprit, les idéaux défendus et vendus aux Béninois durant le processus électoral. Un peu d’élégance!
 
Je ne pensais pas l’écrire à nouveau voire tout juste deux ans après que nous eûmes fait expirer le yayisme : le Bénin mérite mieux. Beaucoup mieux.
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