L’échec du marteau, l’embarras de l’enclume

Une semaine s’est achevée avec – pour toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont fait le succès de la campagne Taxe Pas Mes Mo – le sentiment de rentrer d’un long périple éprouvé par une route cahoteuse et la fierté du devoir accompli. C’est donc, on l’imagine, à la fois esquintés et requinqués que les dizaines de milliers d’internautes béninois et leurs soutiens de par la planète, entament la nouvelle semaine qui s’ouvre.

MTN nous est revenu de l’enfer dès hier. MOOV s’est, à son tour, dépêché de retrouver ses anciens repères. L’abrogation du décret présidentiel à l’origine des nouvelles taxes sur la consommation des Services Internet au Bénin a pris effet aujourd’hui à 00h. Les Opérateurs GSM, eux, n’ont pas attendu qu’il sonne l’heure pour acter le retour au statu quo ante : le rétablissement des forfaits internet et divers autres forfaits d’avant la surtaxe décrétée urbi et orbi sous la signature du Chef de l’Etat. Il doit avoir normalement signé un autre document qui retoque le premier mais qui, au fond, n’en scelle pas définitivement le sort ou du moins, n’annule pas l’intention de renchérir l’accès aux réseaux sociaux depuis le territoire béninois. Le jeu n’est pas clos. Une lecture stricte du communiqué du Pouvoir Exécutif faisant suite aux discussions avec les groupes de téléphonie mobile samedi, indique que nous serons appelés à remonter sur le ring.

Ce jour ne marquerait donc qu’une victoire d’étape, épilogue d’une semaine de grand émoi et de profonde indignation, à la mesure de la dangerosité de l’acte posé et de l’absurdité du décret qui le consacre, qui n’aurait jamais dû être mis en œuvre. Tant l’annonce de la mesure, plusieurs jours plus tôt, soulevait déjà bien des hostilités et de mises en garde, sur les réseaux sociaux, dans les médias classiques et via autres canaux utiles. La rébellion couvait et les rebelles ne ronchonnaient pas, retranchés dans un maquis. Ils étaient restés à découvert sur la place publique, là où ils ont tissé leur toile et où le pouvoir central se voyait les étriper. S’il n’avait pas été si imbu de sa toute puissance, il aurait su lire les signes et il n’y aurait jamais eu cette semaine dramatique pour le Bénin et pour les Béninois.

J’en tire comme principal enseignement qu’il n’y a pas de hasard. Il fallait que ce drame se produisît, que nos semblables terriens – d’où qu’ils vivent – fussent mis au parfum du malheur qui nous frappe. On en remercierait presque le régime dit de la rupture d’avoir été, à ce point, mal inspiré. La fronde a eu des échos inespérés dans le concert des nations. Elle a ouvert, pour le monde, une fenêtre sur la précarisation des libertés chèrement acquises et la fragilisation de l’Etat de droit au Bénin, érigées en politique nationale. Des mesures et lois liberticides à forte teneur crisogène adoptées les yeux bandés par une Assemblée nationale à la majorité sous tutelle, des opposants pourchassés et jetés en prison – sans charges prouvées ni jugées – en dépit de la Constitution béninoise et sous prétexte de lutter contre la corruption, la dynamique unanimiste insufflée à la presse à coup d’argent pendant que l’anticonformiste quotidien La Nouvelle Tribune est fermé pour offense au Président de la République… Ce sont autant d’actes attentatoires à la démocratie et aux libertés fondamentales pour lesquels nous n’aurions pas eu tort de nous soulever aussi massivement que nous nous sommes érigés contre la répression des voix contraires sur internet déguisée en taxation à outrance des réseaux sociaux. Le ministre des finances de son chef, Romuald Wadagni – le bien surnommé Romi le tontinier par Le Déchainé du Jeudi – avait consciemment ou inconsciemment vendu la mèche.

Pour chaque violation des principes démocratiques commise, nous aurions été fondés à crier haro sur le baudet, aussi fort que nous nous sommes écriés ces derniers jours. Il ne s’agit pas de se mêler de la politique. Il ne s’agit pas de politique. Il s’agit d’impératif de combat citoyen, de croisade patriotique pour la protection de nos droits et acquis. Peut-être n’avions-nous pas cerné l’enjeu ; peut-être que nos intérêts n’étaient pas en jeu mais maintenant nous le savons. Le mal construit sa propagation sur notre sens de la mesure. La surtaxe d’internet démontre, s’il en était encore besoin, que personne n’est à l’abri des élans tyranniques de ceux qui nous dirigent. Leur dernier assaut en date est loin d’être l’assaut final. Toutes les fois qu’un de leurs plans machiavéliques échoue, ils parviennent à le dérouler quand même.

Le compte rendu du Conseil des Ministres tenu dans la foulée de la séance de travail entre les membres du gouvernement, les Opérateurs GSM et l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et de la Poste (ARCEP) sous-entend que le dossier n’est pas vidé. Le coût de la connexion internet va irrémédiablement grimper. Le compte rendu persiste à souligner qu’ « en raison de l’évolution des technologies, le système de tarification en vigueur n’est plus adapté ». Le texte tend à expliquer la bronca des internautes par l’incurie des seuls MTN et MOOV soupçonnés par-ci « d’entente illicite » dans la mise en place des nouveaux tarifs, accusés par-là de légèreté dans la sensibilisation des consommateurs à la nouvelle donne et dans l’opérationnalisation technique des nouvelles offres. Les deux réseaux de téléphonie mobile sont appelés à siéger dans un comité composé également des Associations de consommateurs et d’autres parties prenantes pour « définir les mesures appropriées » visant entre autres, à « mettre en cohérence le système de tarification du secteur avec les nouveaux usages et technologies numériques » et à « accroître la contribution du secteur du numérique à la croissance économique ». Deux perspectives inquiétantes témoignant de ce qu’ils maintiennent le cap et comptent faire aboutir leur chantier. D’ici là, « les nouveaux tarifs annoncés (et déjà appliqués, ndlr) sont abrogés et les anciens restent en vigueur jusqu’à nouvel ordre ». Ceci signifie que la toile béninoise demeure sous la menace des taxes et qu’il faut se tenir prêt à relancer la riposte au besoin.

Dans le Bénin du 21è siècle, il n’y a nulle place pour oppresseur.

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Au seuil de l’arbitraire!

Le parlement béninois nous a déjà offert quelques inédits par le passé. Ceux qu’il nous sort depuis peu sont à couper le souffle. Le dernier en date remonte à hier : la levée de l’immunité parlementaire de trois députés de l’opposition – Idrissou Bako, Valentin Djènontin Agossou et Mohamed Atao Hinnouho – sur qui le régime en place fait peser des soupçons de malversations et de fraudes. Le troisième sus-cité était déjà sous les verrous depuis plusieurs semaines, sans être jugé et sans être défait de son immunité. Pour les livrer ainsi que cela a été orchestré hier, il aura suffi d’une plénière express pour statuer sur le rapport de la Commission spéciale mise sur pied – composée majoritairement de députés favorables au Pouvoir Exécutif – aux fins d’examiner la situation des parlementaires incriminés et de répondre à la question : y a-t-il de quoi lever leur immunité ? Non, a répondu ladite Commission arguant que leurs accusateurs n’ont produit aucune preuve consistante des infractions de détournement de deniers publics, de corruption, d’abus de pouvoirs et de fonctions, de délit d’initié… dont ils les accablent. Ceci concerne en l’occurrence Idrissou Bako et Valentin Djènontin Agossou. Dans son rapport, la Commission avance que « des éléments recueillis au cours de l’audition (des députés mis en cause), et sous réserve d’éléments complémentaires probants, il se dégage en l’état actuel du dossier, qu’aucune charge ne peut être retenue à l’encontre des intéressés… ». En plénière cependant, les mêmes députés pro-gouvernementaux qui ont siégé au sein de la Commission spéciale et apposé leurs signatures au bas du rapport, ont voté en faveur de la levée de l’immunité de leurs collègues, faisant advenir ce que des journaux, prestataires de services, annonçaient 48h plus tôt, qui n’ont pas cru bon consacrer leurs manchettes aux conclusions de la Commission spéciale mais plutôt à la culpabilité – pourtant non établie à ce jour – des parlementaires à déchoir.

Qu’ils aillent laver leur honneur devant le juge, lance-t-on !

L’argument selon lequel la levée de l’immunité des trois députés ciblés est motivée par le souci de leur permettre de se défendre vaillamment devant les tribunaux est d’un ridicule nauséeux. La confiance, aussi bien que la méfiance, se construit sur des discours et des actes. Les discours et les actes du régime dit de la rupture, notamment ces 14-15 derniers mois, appellent sans ambages à la méfiance, tant ils sentent le malin vouloir. Tout le monde a vu la manière ubuesque dont la décision de justice produite en faveur de Mohamed Atao Hinnouho a été envoyée à la poubelle et lui-même presque menotté à son lit d’hôpital durant des jours puis finalement jeté en prison. Une incarcération échafaudée avant même qu’il lui soit ôté son immunité, dans les conditions que nous connaissons désormais. L’inculpation formulée à son encontre : fraude douanière, aux dernières nouvelles. L’opinion retiendra qu’il a été traqué pour trafic de faux médicaments ou de médicaments falsifiés, d’exercice illégal de pharmacie et tutti quanti. Quant à son procès auquel il assiste depuis les trois dernières audiences, rangé dans un fauteuil roulant, l’on ne peut dire à l’heure actuelle s’il ira un jour à son terme tout comme l’on ignore quand interviendra l’épilogue du procès de Laurent Mètognon, un autre pourfendeur du pouvoir Talon, poursuivi pour de la délinquance financière présumée à la tête du Conseil d ‘Administration de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Nous en sommes au énième report de l’affaire depuis qu’elle est jugée devant le Tribunal de Première Instance de Cotonou. Pendant ce temps, les prévenus croupissent dans une geôle. Déjà huit mois que Laurent Mètognon y est enfermé.

Il apparaît donc comme une insulte à notre intelligence que l’on veuille nous parler d’aubaine offerte à des députés de l’opposition afin qu’ils puissent laver leur honneur devant la justice. Une insulte à l’intelligence des Béninois ! D’autant que sur des antennes de radio et de télévision, des sbires, kamikazes du talonnisme, avaient ouvertement menacé les opposants, de représailles du Président de la République s’ils s’avisent de voter à nouveau contre des initiatives venant de lui ou de sa majorité. C’était à la veille de l’échec (encore) du tripotage de la Constitution béninoise entre les quatre murs du Parlement. Par ailleurs, faut-il le rappeler, une commission spéciale de l’Assemblée nationale a conclu qu’il n’y a pas de preuves corroborant les charges dont font l’objet les députés pointés du doigt. En l’état, leur honneur est tout lavé.

La politique a bon dos

Malgré la chienlit ambiante et la puanteur qui se répand, je m’efforce de croire que nous sommes encore dans un Etat de droit. La politique est peut-être du domaine de l’impitoyable. Mais le mot « Impitoyable » n’a pas la même connotation que l’on soit dans un régime absolutiste ou en démocratie. Dans le premier, il n’y a d’Etat que le Chef de l’Etat. Il détient tous les pouvoirs, exécutif, législatif, judiciaire. Ses désirs sont des ordres. Il veut la tête d’un adversaire, on la lui apporte illico sur un plateau et il n’a pas à s’en expliquer. Il se confère le droit de persécuter tout empêcheur de tourner en rond.

En démocratie, l’impitoyable évoquerait une toute autre posture vis-à-vis d’un adversaire ou même d’un allié qu’on veut faire tomber : par exemple fouiner dans son passé, en déterrer quelques facettes compromettantes de sa vie, titiller au besoin ses vices pour le prendre en défaut, le faire s’autodétruire. Et si l’on désire qu’il ne soit plus libre de ses mouvements, il faudra s’en donner les moyens légaux, trouver les preuves irréfutables qui le plongent et surtout se soumettre au modus operandi consacré en la matière par l’arsenal juridique et constitutionnel en vigueur. Jusqu’à demain, le Bénin est une démocratie et le bout de phrase « nous sommes en politique » souvent invoqué par une certaine élite béninoise et distillé dans la populace pour lui faire admettre des comportements autoritaristes relève d’un cynisme suicidaire.

Le recours aux calculs politiques et aux coups bas n’abolit pas le sens de l’Etat exigé de tout dirigeant présidant aux destinées d’une nation. La lutte contre la corruption et l’impunité ne peut se faire en marge des principes qui fondent la République, ni de façon unidirectionnelle. Il est impératif, quoi qu’il en coûte à l’ego du Chef et à ses sous-fifres de tout poil, de se plier aux lois et procédures qui gouvernent le pays. Ma plaidoirie vaut également pour les « pourris » tapis dans vos rangs quand il vous prendra l’envie de les mettre à l’épreuve de votre ruse et de votre rage.

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Autopsie d’une ascension révélée!

2011. Joseph Djogbenou l’activiste de la société civile a combattu la suppression du droit de grève consacré par la Constitution et pourfendu la Cour Constitutionnelle, mandature Robert Dossou, pour avoir validé un texte de loi, dans ce sens. Cela lui avait permis d’alimenter son réquisitoire visant Yayi Boni. Il avait construit sa popularité sur ses sorties répétées contre les initiatives liberticides du Yayisme, dans la peau de l’activiste de la Société civile mais aussi de l’avocat personnel de Patrice Talon aux heures chaudes des déboires de celui-ci avec Yayi. La Justice était à l’époque traitée de tous les noms d’oiseaux, notamment d’être à la solde du Pouvoir Exécutif, à travers Procureur et juges à la manœuvre. L’actualité de ces temps-ci au pays me replonge bizarrement dans ce passé pas si lointain.

C’est ainsi que Joseph Djogbenou, profitant de sa popularité croissant au fur et à mesure qu’empirait l’impopularité de Yayi, réussira à se faire élire député à l’Assemblée nationale et à vendre au peuple, la candidature de Patrice Talon comme la panacée aux dérives du régime qu’ils ambitionnaient de conjurer.

2016. Patrice Talon, une fois élu Chef de l’État, le fait ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Ensemble, ils remettent sur le tapis la suppression du droit de grève aux mêmes motifs pour lesquels Boni Yayi l’avait entreprise; les mêmes motifs qu’ils avaient jugé fallacieux : des grèves excessives et dévoyées. La réforme du statut général de la fonction publique qui naît, au Parlement, de l’offensive des nouveaux princes est retoquée par la Cour Constitutionnelle sous la présidence de Théodore Holo qui en profite pour rétablir le droit de grève tel qu’entendu au sens de la loi fondamentale béninoise.

2018. Joseph Djogbenou, ministre de la Justice, désigné membre puis ensuite président de la Cour Constitutionnelle, il y a tout juste trois semaines, casse la décision Holo et juge la suppression du droit de grève conforme à la Constitution. Au départ de cette délibération, un simple recours introduit par deux « citoyens » là où nos textes fondamentaux déclarent les décisions de la Cour Constitutionnelle SANS RECOURS.
Le clou de l’affaire : la promulgation par le Chef de l’État du Statut général de la fonction publique ainsi saccagé, quelques minutes seulement après le retournement de situation opéré par la Cour Djogbenou.

La ruse et la rage sont les deux autres noms de la béninoiserie.
#Bénin

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Telle est ma croix!

Je m’ennuyais un tantinet hier en fin de soirée et pour tuer le temps, je me suis amusé à dégager une typologie des pourfendeurs de mes réquisitoires contre le régime dit « de la rupture » depuis quelques mois. Cet exercice, sur un air de ludisme, m’a été quelque part soufflé par mon dernier réquisitoire anti-rupture en date, relatif à la désignation du ministre de la Justice par le bureau du Parlement béninois aux fins d’appartenir à la prochaine mandature de la Cour Constitutionnelle (La ruse et la rage en action!). L’exercice m’a donc permis de classifier mes « démolisseurs » en quatre groupes :
 
– Des quidams qui ont un avis sur tout sans jamais savoir ce dont ils parlent. Ils ne savent pas d’où je suis parti, d’où nous sommes partis. Ils ont, pour la plupart, découvert internet et Facebook, il y a deux jours. Leur style est brouillon et leur culture générale, limitée. Leur premier réflexe, c’est de vous faire la leçon, prenant appui sur leurs ignorances qu’ils croient certitudes.
 
– Des gens qui comptent leurs parrains parmi les saigneurs de la République (j’ai emprunté l’expression à Constantin Amoussou, le truculent président du gouvernement des jeunes du Bénin) et qui ont tout intérêt à se répandre en contre-attaques systématiques sur les réseaux sociaux. L’essentiel n’est pas qu’ils produisent du sens mais qu’ils montrent à leurs maîtres, combien ils sont actifs et dociles. Ce sont des klébés de seconde zone.
 
– Des Béninois qui maudissaient Talon il y a 2 ans, me maudissaient pour mon adhésion à ses idéaux d’alors et qui sont passés « rupturiens » entre-temps. J’en vois qui ont réussi à se faire caser dans des bureaux, quitte à s’asseoir sur des tabourets. Les rares mieux lotis d’entre eux sont les premiers qui leur rient au nez.
 
– Et puis il y a les autres dont quelques-uns sont de bonne foi. Je prends du plaisir à mener le débat avec eux. Ils ont, en plus, de la suite dans les idées.
 
J’avais souvent rencontré les mêmes types d’individus aux temps forts de mes prises de position contre le pouvoir de Yayi Boni et durant les douze derniers mois qui ont précédé l’élection présidentielle de mars 2016. Je m’étais convaincu qu’au lendemain de ce scrutin, nous commencerions à remonter la pente et que je pourrais enfin m’endormir sur mes lauriers.
 
J’ai lu, adopté et porté, à ma manière, le projet de société du candidat Patrice Talon. J’ai cru en ses professions de foi et pris fait et cause, à visage découvert, pour sa candidature. Ce qui se passe depuis un peu plus d’un an dans le pays est aux antipodes de ce à quoi il s’était engagé : nous exorciser de 10 ans de gabegie, promouvoir la transparence et l’Etat de droit, rompre avec les actes frivoles, les manies toxiques pour la quiétude sociale, les entreprises douteuses et les pratiques nuisibles à la nation.
 
J’ai assidûment parcouru le projet de révision de la Constitution. J’en ai exposé ma compréhension sur cette plateforme et exprimé ce que j’y ai relevé de forces et d’insuffisances. J’ai milité pour que la réforme constitutionnelle soit, tout au moins, débattue au Parlement et j’ai déploré que le débat n’ait même pas été ouvert. J’en ai tenu les politiciens et les intellectuels pour responsables. Je dois, cependant, admettre que la précipitation ajoutée à l’obsession avec lesquelles le gouvernement a voulu faire aboutir ce chantier aient pu ébranler la sérénité de nombreux compatriotes.
Mais, somme toute, la Constitution n’est pas une donnée personnelle tout comme sa réforme n’est pas une fin en soi. Par conséquent, l’échec du projet de révision de la Constitution ne peut passer pour un affront personnel et tout justifier. S’il faut en prétexter pour se renier totalement, s’autoriser toutes les dérives, piétiner allègrement la loi fondamentale, boycotter la Cour Constitutionnelle et ses décisions et marcher sur des décisions de Justice, c’est que, de toute façon, l’on n’a jamais eu chevillés à l’esprit, les idéaux défendus et vendus aux Béninois durant le processus électoral. Un peu d’élégance!
 
Je ne pensais pas l’écrire à nouveau voire tout juste deux ans après que nous eûmes fait expirer le yayisme : le Bénin mérite mieux. Beaucoup mieux.
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La ruse et la rage en action!

Le bureau du Parlement a, EN TOUTE INNOCENCE, jeté son dévolu sur un ministre en fonction (le ministre de la justice COMME PAR HASARD) pour compter au rang de « ses » 4 membres de la prochaine mandature de la Cour Constitutionnelle là où la logique – si non, le bon sens – voudrait que ce soit le Chef de l’État, dont le ministre est aussi un intime collaborateur, qui le désigne pour siéger au sein de l’Institution, puisque le Chef de l’État a, de toute façon, à désigner 3 des 7 « sages » de la Cour.

Donc ce n’est pas le Joseph Djogbénou, bras droit et bras armé du Chef de l’État qui deviendrait Président de la Cour Constitutionnelle si (SUSPENS SUSPENS!) il est élu à la tête de l’Institution mais plutôt le Joseph Djogbénou casté par le bureau du Parlement.

C’est sûr, ces gens-là prennent le Bénin pour de la merde.

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Ainsi va la morale!

Me voici, à mon corps défendant! Je me serai en vain promis de ne pas intervenir dans la controverse aux relents infects qui agite la toile au Bénin depuis quelques semaines qu’elle est née. De jeunes filles, dont certaines à peine sorties de l’adolescence, se filment en train de se répandre en indécences crues. La vidéo fait ensuite le tour du web. Facebook et WhatsApp s’en sont délectés. Celles – parmi ces starlettes d’un autre genre – qui sont des élèves, ont été radiées des cours ou soumises – pour ce qui concerne les établissements confessionnels – à une retraite spirituelle censée les purifier et les fortifier. Mais à chaque fois, ce sont leurs parents qui sont descendus en flammes par des internautes. La sentence est encore plus rigide lorsqu’ils décident d’infliger à leur fille (s’agissant du cas dit Clara), un châtiment se voulant sans doute à la mesure de l’affront subi. Là également, une vidéo, devenue très vite virale. On y voit la Clara en question, en train de se faire tondre le crâne. Cheveux naturels et mèches rajoutées s’effritent sous la lame. Peu avant, elle était apparue pieds et poings liés et semble avoir essuyé quelques coups de lanière. Dans un énième film diffusé plus tard sur les réseaux sociaux, elle présente ses excuses publiques à tous, jusqu’à l’Etat béninois. Ceux qui ont vécu « au village » reconnaîtront la procédure. C’est en général le verdict qui vous est appliqué, avec le jeune âge comme facteur aggravant, lorsqu’on vous a jugé coupable de déshonneur envers la famille ou envers l’une quelconque de ses poutres. Ligotage, passage sous la chicote et présentation d’excuses publiques à qui vous avez offensé ou choqué constituent les trois phases majeures de la mise en oeuvre de la peine; le prix à payer pour échapper à la menace d’une malédiction des mânes de la famille. Il faut noter que dans les milieux traditionnels – je vous parle d’expérience – l’éducation d’un enfant ne relève pas exclusivement de son entourage proche ou lointain. C’est un processus qui implique également l’enfant lui-même et forme par là, sa jugeote. Ceci fait que le cercle familial, en milieu traditionnel, a beau s’enorgueillir de sa réputation de cadre drastique de bonne éducation, tout risque d’écarts de langage et/ou de conduite n’est pas exclu, même à ce niveau.
Mais où étaient-ils, à quoi s’occupaient-ils quand leur fille s’égarait sur internet? Nous interrogeons-nous, à tort ou à raison, à propos du père et de la mère de Clara. Au fond, nous avons déjà tranché : ils ont failli. A mon sens, une telle conclusion est hâtive. Elle participe de ce que des images nous montrent mais elle ne tient aucun compte de ce que nous ne voyons pas. Il se passe tant de choses dans nos vies que les autres ignorent quand ils nous jugent et tant de paramètres qui nous manquent dans les jugements que nous portons sur les autres. Ayons-en conscience!
Nous sommes au 21è siècle. Je n’exerce pas encore d’autorité parentale pour ainsi dire, je puis observer cependant, fort de mon vécu, qu’il est bien plus compliqué d’éduquer des enfants dans le monde d’aujourd’hui qu’il l’était jadis. Le boom des nouvelles technologies de l’information et de la communication a amplifié sinon empiré l’exposition aux déviances. Par exemple, aucun parent, malgré sa détermination et ses efforts, ne sera jamais suffisamment vigilant face à l’envers des réseaux sociaux. Peut-on ou doit-on élever nos progénitures en autarcie? Parce que c’est à cela que nous nous réduirions : les priver de téléphones, d’ordinateurs, de sorties, de loisirs, de contacts avec l’extérieur quitte à compromettre leur épanouissement. Pouvons-nous même les soumettre et les maintenir sous notre contrôle permanent? Comment procéder, où trouver le juste milieu… C’est à en perdre la tête. Il n’y a pas de recette universelle, de solution qui coule de source. Il n’y a pas d’assurance que les bons conseils souvent prodigués aux enfants à la maison, résistent aux facteurs exogènes, à moins que leur libre arbitre intercède pour eux. Bien sûr, la responsabilité des parents est engagée. Elle l’est toujours dans ce genre de situation mais qui sommes-nous pour les condamner à la lapidation?
Sur l’affaire du « Carla Gate », du « Yanelle Gate » et tutti quanti, je ne me sens en droit de blâmer qui que ce soit. Je prie la vie qu’elle protège les jeunes êtres fragiles, leur apporte maturité et prudence de l’esprit et donne aux géniteurs, l’inspiration et l’énergie nécessaires pour savoir et pouvoir prémunir leurs descendances contre les vicissitudes.
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Ça commence à bien faire !

L’excès en toute chose est nuisible. Même l’excès d’intelligence peut avoir raison de l’intelligence. J’ai fini d’en être convaincu en parcourant les arguments qu’on nous sert depuis peu pour juger irréversible, la suppression – fraîchement orchestrée – du droit de grève pour la police, les agents de santé, le personnel de la justice puis pour les magistrats. Tout ceci s’est opéré en l’espace d’une semaine. Sur les réseaux sociaux et dans divers fora, les activistes du régime de la rupture opposent à ceux qui regardent en direction de la Cour constitutionnelle – avec l’espoir qu’elle nous ramène dans le chemin du droit qui est le droit chemin – la décision rendue par la Haute Institution sept ans plus tôt. Le film qui nous est offert ces jours-ci n’est pas une première, en effet. En 2011 déjà, Boni Yayi, en plein bras de fer avec les douaniers, avait eu une idée digne du génie qui sommeillait en lui : priver les disciples de Saint-Mathieu de la jouissance d’un acquis démocratique majeur, constitutionnellement établi. Sa majorité parlementaire, à ses bottes, s’était chargée de traduire sa volonté dans les textes de loi. Les douaniers sont interdits de tout débrayage depuis cette année-là. Saisie, la Cour Constitutionnelle, présidée à l’époque par sa célébrité Maître Robert Dossou, avait décidé et justifié que cette initiative du yayisme n’était pas anticonstitutionnelle. Nous étions nombreux, parmi lesquels la plupart des gouvernants actuels et leurs assistants, qui nous en étions vertement indignés. L’œuvre était, de toute évidence, l’accomplissement d’un malin vouloir avec la complicité de la conscience des Hommes. Parce que l’article 31 de la Constitution du Bénin est sans ambages à ce propos : «L’Etat reconnaît et garantit le droit de grève. Tout travailleur peut défendre, dans les conditions prévues par la loi, ses droits et ses intérêts soit individuellement soit collectivement ou par l’action syndicale. Le droit de grève s’exerce dans les conditions définies par la loi. » C’est du français facile. Ce qui est écrit là ne peut souffrir de quiproquo, à moins de le lire, la tête à l’envers.

“L’ETAT RECONNAÎT ET GARANTIT LE DROIT DE GREVE”. C’est-à-dire que toute loi élaborée et votée dans ce champ ne doit être destinée qu’à encadrer l’exercice du droit de grève et absolument pas à le supprimer. Une disposition qui encadrerait le droit de grève serait de limiter l’étendue des débrayages dans les secteurs qualifiés de sensibles. On aurait pu dire par exemple que les agents de santé, les travailleurs de la justice et tutti quanti ne peuvent aller en grève qu’une demi-journée et pas plus de deux jours par semaine. On aurait pu inscrire par exemple dans les statuts des infirmiers, médecins et autres qu’ils sont rigoureusement tenus, durant un mouvement de grève, de traiter de tout cas d’urgence qui relève de leur responsabilité, qu’ils courent le risque d’être assignés devant un tribunal ou d’être radiés à vie pour un décès qui surviendrait par leur absence au poste ou par un manquement quelconque avéré. Ce sont des suggestions, qui, elles, ne s’en prennent pas aux fondements de la Nation. Tant et tant d’options feraient l’affaire si l’on y réfléchissait.

“L’ETAT RECONNAÎT ET GARANTIT LE DROIT DE GREVE”…. Il n’existe dans les phrases suivantes de ce passage de la Constitution, aucune conjonction ou transition qui rendrait facultative, la mise en application de l’énoncé phare de l’article 31, comme il ne saurait y avoir de circonstances qui promeuvent la mise en berne de notre loi fondamentale. Arguer de la douleur et de la colère légitime des citoyens pour marcher sur la Constitution participe d’un opportunisme sadique et insidieux. Que les agents de santé ne puissent plus aller en grève ne garantit pas que nos proches ne mourront plus dans nos hôpitaux par défaut de soins adéquats. Que le personnel de la justice ne soit plus fondé à bouder son cahier des charges n’implique pas que le système judicaire s’en porte mieux. Que les forces de l’ordre ne puissent plus broncher ne signifie pas que notre sécurité est faite. Que les enseignants soient interdits de boycotter les cours – dans l’hypothèse où ils seraient la prochaine cible du gouvernement – n’assure pas la qualité de l’enseignement. Et enfin, que la Cour de Dossou ait cautionné le retrait du droit de grève aux douaniers n’oblige guère celle de Holo à en faire de même pour les corporations à la peine aujourd’hui. Ceux et celles qui assoient leur sérénité sur ce précédent en soi anticonstitutionnel, sont mal avisés. Qui ignore le risque qu’il y a à traîner son entre-jambe au dessus d’un piège à gibier ?

La jurisprudence est une source de droit. Pas une source de droit absolu. Le Juge Constitutionnel a tous les arguments de son côté pour déclarer contraire à la Constitution du 11 Décembre 1990, la décision d’ôter à des travailleurs, la possibilité que leur confère la loi fondamentale de cesser le travail en signe de protestation quand ils le jugent nécessaire. La Cour tient en sa faveur, la limpidité de ce que requiert la Constitution et le risque d’explosion sociale que la suppression du droit de grève pour des fonctionnaires de l’Etat fait peser sur le Bénin. Personne de sensé ne l’accusera de se dédire si c’est pour rectifier une aberration dont elle s’était elle-même rendue coupable. Le jargon juridique valide pareille éventualité par un groupe de mots bien connu des experts en la matière : Revirement de Jurisprudence. Dans la pratique du français ordinaire, on parlerait de mea culpa et plus encore, de contrition.

“L’ETAT RECONNAÎT ET GARANTIT LE DROIT DE GREVE”…

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